Rachid Ben Othman

Accueil » société » Journée de la femme, Tunisie… – Elham Bussière-

Journée de la femme, Tunisie… – Elham Bussière-

Archives

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Screenshot_2017-08-13-11-54-30

-Par ilham Bussière –

« Dans ce pays qui s’enorgueillit volontiers de son « exception » en matière de condition féminine, les féministes ont mis au jour les limites d’une telle exception, et fait apparaître l’ampleur du consensus autour de ces limites. En s’attaquant aux dernières citadelles de la norme, elles ont pu faire l’inventaire de ses défenseurs, et des leurs. C’est peu dire que la balance continue de pencher du côté des premiers.
(…) Accusées souvent d’être coupées de leurs sociétés ? À défaut de pouvoir les changer comme elles le voudraient, elles sont en tout cas pour l’instant les seules à faire bouger les lignes.
(…) Mais il manque quelque chose à tout cela, elles bataillent pour le droit, contre le voile, contre les régressions qui semblent les menacer. Elles dénoncent publiquement les violences misogynes, du tabassage « normal » des épouses indociles jusqu’aux crimes d’honneur… mais le sexe reste tabou. Le silence des corps.  »
Sophie Bessis, Les arabes, les femmes, la liberté.

Les femmes, en Tunisie, autant de réalités, autant de stratégies pour vaincre les résistances.
Ma stratégie ? la poésie. C’est clair. Radicale poésie, qui ne fait l’impasse sur rien de ce qui touche les femmes. Indocile poésie parce que sans identité. Universelle poésie qui ne fait appel ni à la culture, ni à la religion, ni aux mortelles opinions, convictions. Poésie, monde qui laisse entrevoir que la liberté des corps et l’autonomie sexuelle ne sont pas étrangères aux femmes.

Alors, lorsque les femmes de Tunisie se réunissent pour un 13 aout, elles peuvent sortir de leur féminisme consensuel, tutélaire, et enfin intégrer une jeune Amina Sboui. Il n’y a pas de respect des limites fixées par la bienséance, par l’ordre étable, par les repères identitaires. Amina Sboui est des nôtres, aussi.

J’arrête là pour ce jour.
Un poème de Nizar Qabbani, que je lisais ce jour de juin dernier sur le terrasse de l’Institut du Monde Arabe. La photographie a été prise par mon amie Sandrine Zalcman.

JE LIS TON CORPS… ET ME CULTIVE

(…)

O ma bien aimée,
Qu’est-ce donc que cette patrie
Qui se comporte avec l’Amour
En agent de la circulation ?
Cette patrie qui considère que la Rose
Est un complot dirigé contre le régime,
Que le Poème est un tract clandestin
Rédigé contre le régime?
Qu’est-ce donc que ce pays
Façonné sous forme de criquet pèlerin
Sur son ventre rampant
De l’Atlantique au Golfe
Et du Golfe à l’Atlantique,
Parlant le jour comme un saint
Et qui, la nuit tombant,
Est pris de tourbillon
Autour d’un nombril féminin?

IV

Qu’est-ce donc cette patrie

Qui exerce son infamie
Contre tout nuage de pluie chargé,
Qui ouvre une fiche secrète
Pour chaque sein de femme,
Qui établit un PV de police
Contre chaque rose?

V

O bien aimée
Que faisons-nous encore dans cette patrie
Qui craint de regarder
Son corps dans un miroir
Pour ne pas le désirer?
Qui craint d’entendre au téléphone
Une vois féminine
De peur de rompre ses ablutions?
Que faisons-nous dans cette patrie égarée
Entre les œuvres de Chafi’i et de Lénine,
Entre le matérialisme dialectique
Et les photos pornos,
Entre les exégèses coraniques
Et les revues Play Boy,
Entre le groupe mu’tazélite
Et le groupe des Beattles,
Entre Rabi’a-l-‘Adaouya
Et Emmanuelle?

VI

O toi être étonnant
Comme un jouet d’enfant
Je me considère comme homme civilisé
Parce que je suis ton Amant,
Et je considère mes vers comme historiques
Parce qu’ils sont tes contemporains.
Toute époque avant tes yeux
Ne peut être qu’hypothétique,
Toute époque après tes yeux
N’est que déchirement ;
Ne demande donc pas pourquoi
Je suis avec toi :
Je veux sortir de mon sous-développement
Pour vivre l’ère de l’Eau,
Je veux fuir la République de la Soif
Pour pénétrer dans celle du Magnolia,
Je veux quitter mon état de Bédouin
Pour m’asseoir à l’ombre des arbres,
Je veux me laver dans l’eau des Sources
Et apprendre les noms des Fleurs.
Je veux que tu m’enseignes
La lecture et l’écriture
Car l’écriture sur ton corps
Est le début de la connaissance:
S’y engager de la connaissance:
S’y engager est s’engager
Sur la voie de la civilisation.
Ton corps n’est pas ennemi de la Culture,
Mais la culture même.
Celui qui ne sait pas faire la lecture
De l’Alphabet de ton corps
Restera analphabète sa vie durant.

NIZAR QABBANI.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Follow Rachid Ben Othman on WordPress.com